Alliance canado-burkinabé

Coopérer pour le bien-être des populations VOUS DEVEZ ETRE LE CHANGEMENT QUE VOUS VOULEZ VOIR DANS CE MONDE (GANDHI)

TANTIE PROPRE

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Dans FEMME ET PAUVRETE, un article rédigé lors de la journée mondiale de la pauvreté et qui est enregistré dans la rubrique FEMME D’ICI FEMME D’AILLEURS, j’avais promis de faire de petites investigations sur les activités informelles des femmes. Je me posais la question de savoir si la pauvreté rime toujours avec l’informel. J’ai interviewé une restauratrice de renommée couramment appelée Tantie propre. Cette interview donne certes quelques éléments d’appréciation car je n’ai pas voulu publier certaines informations. Vous constaterez cependant que la gestion reste traditionnelle et que le social y est de mise (j’ai moi-même reçu des jus de la part de cette généreuse dame)). Alors je vous pose la question suivante, social et économie peuvent-ils toujours aller de pair ? Que faire pour venir en aide à toutes les personnes qui exercent des activités informelles ? L’interview a été réalisée en mooré le 3 Janvier 2009 à Ouagadougou. 

Irène TAPSOBA : Bonjour Tantie, je suis enfin venue aujourd’hui pour m’entretenir avec vous sur votre activité 

Tantie Propre : C’est vrai, je fais des sandwichs, depuis le début du projet de réaménagement de Koulouba et de Zanghuetin qui a occasionné le déguerpissement des anciens occupants, les travailleurs qui sont près d’ici m’ont demandé d’ajouter le repas du midi car beaucoup d’entre eux logent loin de leur service.

IT : Avant de vous laisser continuer, pouvez-vous vous présenter. Vous êtes surtout connue par votre pseudonyme Tantie Propre et je suis convaincue que beaucoup ne connaissent pas votre vraie identité.

TP : Je m’appelle Mme TOURE née SARE Fatoumata. Tantie propre ne vient pas de moi. Les mossis disent que ‘’Un enfant qui respecte son père recoît en contrepartie sa bénédiction’’ en mooré ’’big san dega ba noore a pamda barka’’. Quand j’arrive le matin, je ne m’empresse pas d’ouvrir le kiosque, je nettoie les alentours et même loin de mon kiosque. A l’époque la voie n’était pas bitumée, mais j’arrosais et je rendais les lieux propres. En ce moment, Moustapha THIOMBIANO venait d’ouvrir sa chaîne de radio Horizon FM et chaque matin, quand il vient  au service, il fait d’abord les cents pas vers mon kiosque. Je fus surprise quand je vis l’écriteau tantie propre un beau jour. Je posai la question au gardien qui me dit que la veille sitôt après mon départ, deux hommes sont venus avec de la peinture et se sont mis à l’œuvre. Il a usé de la parenté à plaisanterie pour me faire cette surprise et vint un autre jour me demander si le repas n’était pas prêt pendant que nous nous activions à la cuisine. Je lui dis ce jour là que c’est parce qu’il est gourmantché (une ethnie du Burkina) qu’il ne peut pas supporter la faim. En ironisant toujours, je lui demandai pourquoi il a ordonné l’installation du panneau au-dessus de mon kiosque. Il me dit que c’est parce que je suis yadéga (c’est ainsi qu’on désigne les ressortissants de la province du yatenga). Trèves d’ironie, il me félicita pour l’effort d’assainissement que j’ai entrepris depuis l’ouverture de mon kiosque et ajouta que c’est pour me gratifier qu’il a fait écrire TANTIE PROPRE et il précisa que désormais tout le monde m’appellera ainsi.

IT : Depuis quand avez-vous commencé cette activité 

TP : Depuis 26 ans. Avant d’entamer cette activité, j’avais appris à coudre pendant 9 ans au centre social, mais cette activité n’était pas rentable. Ensuite j’ai suivi mon mari qui était  affecte dans une province pour raison de service, la je vendais des habits. C’est de retour que j’ai fait la demande pour installer le kiosque, cela n’a pas été facile, la procédure a été longue mais je me suis créé un bon réseau. En effet, lors des éditions du FESPACO et du SIAO, les principaux organisateurs me contactaient pour que je vienne proposer mes services. Je vendais principalement des gâteaux et des jus maison (zoom koom, lembourgui, bissap). Très souvent, après l’ouverture officielle des différentes éditions, les autorités font la visite des stands et quand ils goûtent aux gâteaux, ils les trouvent si délicieux qu’ils demandent à en acheter. En général je prépare de gros sachets de gâteaux et je leur en offre gratuitement. Depuis quelques années, je ne participe plus ni au FESPACO ni au SIAO. J’ai plutôt formé des femmes qui en font leur activité principale de nos jours.

IT : Combien d’employés avez-vous 

TP : J’en ai 23 répartis dans les activités suivante la préparation du repas de midi (to, riz, frites, attiéké) la préparation et la vente des sandwichs, la préparation et la vente des jus, le ménage, la plonge, les courses etc. Les salaires varient de 15000FCFA à 30000FCFA selon l’ancienneté et le type de travail exercé.

IT : Au regard de vos charges arrivez-vous à épargner de l’argent à la fin du mois? 

TP : ma fille, je t’assure que je n’en tire pas profit. Des journalistes sont venus m’interviewer et je pleurais. Vu l’envergure de l’activité, beaucoup pensent que je prospère. Je suis très généreuse et sociable, je viens toujours en aide aux personnes en difficultés, je n’hésite pas à donner 5000-10000 et même quelques fois plus pour supporter ces personnes. J’ai plus d’employés qu’il n’en faut à force de vouloir aider les autres. Certains me demandent de les embaucher afin qu’ils puissent honorer leurs frais de scolarité, leurs parents n’ayant pas assez de moyens financiers pour les supporter.

IT : Evaluez-vous régulièrement vos gains et vos pertes? 

TP : Avec la vie chère, il y a la flambée des prix et nous ne faisons plus beaucoup de recettes. J’investie énormément dans l’achat des condiments, du loyer, des différentes charges (salaire, électricité, eau, téléphone, etc.). Je peux avoir environs 250 000 f par mois, mais je ne peux rien épargner. Habituellement je mets 150 000F CFA de côté mais je supporte également les charges à domicile car mon mari est à la retraite. J’ai demandé au propriétaire du local de diminuer le montant du loyer mais il menace d’en augmenter. Je me félicite sur un point, je ne dois à personne. Je paie le loyer chaque fin du mois sans retard ainsi que mes employés. J’avais 25FCFA comme bénéfice sur chaque baguette de pain, mais actuellement je n’ai que 15FCFA. Par ailleurs, je mets cette somme de côté pour pouvoir payer les impôts à la fin de chaque trimestre.

IT : Avec la flambée des prix n’avez-vous pas augmenté vos tarifs? 

TP : Je faisais le sandwich à 350FCFA, puis à 400 et maintenant à 500FCFA.

Interruption de l’interview par un visiteur 

Monsieur : Bonjour, je suis venue te saluer

TP : comment vas-tu

M : ça ne va pas aujourd’hui

TP : donnez lui de l’eau à boire

M : je ne veux pas d’eau

TP qui interpelle une de ses employées, donne lui de l’argent

La suite de l’interview 

IT : Pourquoi avez-vous été choisie par la société BF pour faire la promotion du savon? 

TP : Ils sont venus me voir parce qu’ils ont entendu parler de moi, l’un d’eux est venu de la Côte d’Ivoire filmer mon restaurant. Ensuite nous avons mené des campagnes de sensibilisation sur l’hygiène et finalement j’ai été conviée à la finale à OUAGA 2000 pour recevoir le deuxième prix suite à ma prestation. Je ne voulais pas y aller car je ne parle pas francais et pour m’y encourager ils me dirent que le Président du Faso ne parle pas chinois mais il effectue des missions en Chine (rires).

IT : Quel est votre mot de la faim 

Les mossis disent ceci ‘’quand quelqu’un n’aime pas son prochain, il ne va pas chez lui’’ en mooré du yatenga ‘’ned san pa nonga to a pa tagda zakinye’’ c’est parce que vous avez de l’estime pour moi que vous êtes venue m’interviewer

IT : Vous ne me reconnaissez plus je quittais Kologh Naba à pied soit 12Km d’ici et je venais manger vos sandwichs avec une de vos filles qui est amie à une de mes cousines. 

TP : Ah oui, j’ai quatre filles, mais aucune d’elles ne veut perpétuer l’activité que je conduis actuellement. Au départ, les étrangers avaient des doutes sur l’hygiène de nos aliments, surtout le foie. Mais quand ils viennent une première fois et qu’ils n’ont aucun problème de santé, ils reviennent quelques jours après et me disent que mes sandwichs sont bien faits. Les blancs aiment bien le bissap, ils en boivent jusqu’à ce que leurs lèvres deviennent rouges comme s’ils avaient porté du rouge à lèvres (rires). Je leur demande s’ils n’ont pas de maux de ventre après, ils me disent qu’au contraire ça leur fait du bien. Ils ne mangeaient pas le to, mais maintenant, ils réclament des sauces légume et de gombo. Je voudrais terminer en disant que toute personne qui fréquente mon kiosque et qui se plaint par la suite de problème de santé, qu’elle vienne me voir. C’est juste pour dire que je contrôle l’hygiène des services que nous proposons.

IT : merci beaucoup Tantie et bonne continuation 

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14 commentaires »

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  1. Liki dit :

    Un cas vraiment intéressant. Le cas de cette femme ressemble celle de ma mère qui faisait la petite restauration- Il y’a toujours des gens qui venaient avec des cas sociaux, des élèves, et tout ce monde souvent pour manger à crédit et souvent disparaitre après. Il est très difficile de tirer gros profit dans un tel contexte et je pense que les autorités devraient diminuer leurs redevances d’impôts car il y’a en partie une sorte d’action communautaire positive de la part de ces femmes.

  2. DIALLO Fatou dit :

    Merci de penser à ces personnes qui « dans l’ombre » participent activement au developpement durable de nos pays. L’exemple type de miliers de personnes, notamment des femmes qui sans « instruction » se battent très bien pour une meilleure vie.
    Bravo! car c’est une dame que je connais personnellement depuis les années 92; en effet d’un simple kiosque de vente de sandwich et jus locaux, elle est passée à deux kiosques jumelés puis à un restaurant standing normal. Aujourd’hui en plus des emplois qu’elle genère directement, d’autres indirectement se maintiennent à partir de son activité; c’est le cas des vendeurs ambulants, du parking…

    Vraiment c’est une dame à décorer pour ces efforts.

  3. Suzanne Sidibé dit :

    Merci pour ces infos, je pense que ce sont des temoignages qui doivent être collectés et diffuser à toute la population surtout la jeune génération pour démystifier la liason »école = travail de bureau ». On peut bien réussir dans la vie sans diplôme. Il faut que les autorités encouragent cette catégorie de femmes en leur accordant des exonorations de taxes, parce qu’elles font des activités qui ne génèrent pas grands profits, et les charges salariales et sociales absorbent tout en fin de compte.De plus, elles n’ont pas de sécurité sociale, leurs performances diminuent avec l’âge et il n’y a personne pour assurer la relève.Il faut forcément trouver un moyen de les protéger.
    Là dessus j’interpelle le Ministère de la promotion de la femme à se pencher sur la vie de ces femmes dynamiques.

  4. Bernadette Dabiré/Traoré dit :

    Salut ma soeur
    Bravo pour cette initiative. Pour répondre à la question si social rime avec économie je répond par oui et nom. Oui parce que lorsqu’on vient en aide à une personne on en gagne plusieurs.Le social est parfois une sorte de marketing pour son entreprise car cet aspect touche des personnes sensibles comme moi. Si j’ai a choisir entre le restaurant de cette Dame et un autre je n’hésiterais pas aller chez elle pcq je me dis que le prix d’un plat servira à aider bcp de gens.Du point de vue fréquentation elle peut gagner. Non parce que notre système économique ne prends pas en compte sa contribution sociale en réduisant ses taxes et impôts. Cela est bien dommage car notre monde a une tendance individualiste et la valeur humaine bat de l’aile. en tout cas tous mes encouragements à tantie propre et bon vent à toi ma soeur!
    Bibi

  5. TRAORE Fati dit :

    Bravo Irène pour les infos très intéressantes que tu nous venons de decouvrir;je pense que Tantie propre est une femme très battante et très courageuse qu’il faut encourager avec un micro credit afin qu’elle puisse accroitre son activité car je suis sure q’elle doit avoir beaucoup de projets en tête.
    Elle merite une decoration et son exemple montre que ce n’est pas forcement le fait de travailler dans un bureau qu’on est épanouie.
    Félicitation pour le dossier et bon courage à toi ma soeur Irène.
    Fati

  6. Gilles Sauvé dit :

    Intéressante entrevue et exemple de détermination et de persévérance. Bravo encore.
    Gilles

  7. TIALLA dit :

    Merci de penser a ces personnes qui font des efforts jour et nuit pour joindre les deux bout dans notre Burkina ou la misère est galopante!

  8. Bonjour a tous et a toutes,

    vos commentaires et suggestions sont tres constructifs et je suis d’avis avec vous que l’on devrait creer des conditions favorables a ces genres de personnes qui contribuent certes au developpement du pays mais dont les efforts ne sont pas toujours reconnus.

    Merci

  9. DABIRA Céline dit :

    Les personnes qui m’ont dévancé ont tout dit mais j’ajoutes que le tissu économique burkinabé est très occupé par le secteur informel où se trouve le GENRE. Si nos autorités veulent vraiment developper le pays, ils faut qu’ils revoyent leur copie en diminuant certaines charges qui pèsent sur les acteures économiqes comme la charge fiscale.Ceci est bien un moyen d’incitation à la création de petits fonds de commerce

  10. Dembele bibiane dit :

    merci pour m’avoir communiqué ton interview.
    j’ai connu Tanti propre il n’ya pas très longtemps. particuliérement j’apprécie son sandwich de foie qu’elle propose. elle est à féliciter et à encourager. malheureusement elle prend de l’âge et avec la multiplicité des activités elle ne peut tout superviser, ce qui peut engendrer des ratés. quelque chose qui m’a un peu déplu demeure l’emballage du sandwich (généralement des vieux journaux) et la mamière dont l’argent est encaissée (c’etais généralement la même personne qui prends l’argent, qui cherche la monnaie, qui ouvre le pain avec les doigts). en dehords de ces aspects je pense que le service était bon au moment ou je fréquentais quelques fois le kiosque de tantie propre. elle a mes encouragements

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