Alliance canado-burkinabé

Coopérer pour le bien-être des populations VOUS DEVEZ ETRE LE CHANGEMENT QUE VOUS VOULEZ VOIR DANS CE MONDE (GANDHI)

ENTRETIEN AVEC SON EXCELLENCE MONSEIGNEUR ANSELME TITIANMA SANOU

Réalisé le 12 Novembre 2008 à l’archevêché de Bobo-Dioulasso

Durée/2h

Ce texte est juste une partie de l’interview réalisée auprès de son excellence Monseigneur A.T.S. L’autre partie sera présentée ultérieurement.

Son excellence Monseigneur  A.T.S est socio-anthropologue. Il est titulaire d’un doctorat en théologie obtenu en 1970 à la Sorbone à Paris.

Irène TAPSOBA : Merci de m’accorder une partie de votre temps pour cette interview. Pouvez-vous parler un peu de vous ? Qui est Monseigneur Anselme Titianma SANON ?

Monseigneur Anselme Titianma SANON : Merci à vous aussi pour la visite et je dirai l’intérêt, parce que certainement entre votre âge et le mien il y a un abîme (rires). Je suis Anselme Titianma SANON. Anselme parce qu’en 1948 j’ai été bâptisé à l’école primaire. Titianma, il faut ajouter Zezouma, car je suis né un certain vendredi de septembre 1937, SANON est un nom donné à ceux qui sont du canton des SANON. Je suis né à BoBo, vous êtes sociologue et vous savez que le soir le soleil donne sur le minaret de la grande mosquée de Dioulasso Bâ ou Sya, si bien que l’ombre est pratiquement sur ma case ancestrale. A propos de mon prénom Titianma, vous savez dans la tradition on porte plusieurs prénoms. Mes grand- parents à ma naissance se sont entendus pour me donner le prénom Titianma qui signifie une devise, une  prière, celui qui est pour la vérité. En Dioula Tian c’est la vérité etc.

photo.jpg

En 1943, mon grand-père, conseillé par un de ses enfants, Abel qui s’était frotté aux missionnaires, a accepté de me mettre à l’école des missionnaires à Tounouma. C’était encore le début des écoles primaires catholiques; puis, certains de mes compagnons et moi avons été envoyés à DANO dans le Ioba. Je dis toujours avec  fierté que c’est à Gaoua que j’ai passé mon entrée en 6e et mon certificat en 1948. Ensuite, je suis entré au petit séminaire de Nasso et au grand séminaire de koumi.

Notre génération est un peu celle des années 1956. Les indépendances se préparaient, nous étions la première génération à passer le bac à Ouagadougou, mais les copies étaient corrigées en France. Souvent je dis que je suis un peu à la frontière entre la religion traditionnelle dont je suis issu et même jusqu’à présent j’ai mon mot à dire dans les affaires traditionnelles. J’ai passé une bonne partie de mon enfance à l’ombre de la mosquée de Sya et beaucoup de mes camarades d’enfance y sont de nos jours; le temple protestant aussi n’était pas loin. Autour de la mosquée il y avait les habitats des yoruba, des haoussa, des wobès : j’ai de leurs masques ici. J’ai grandi un peu dans ce milieu et je m’en sens partie prenante.

I.T : Vous dites que vous avez des parents et amis musulmans, protestants. J’aurai appris aussi que vous valorisez la culture traditionnelle, d’aucuns disent que vous êtes un homme de culture. Que pensez vous de l’animisme?

A.T.S : Je disais à une religieuse de Guinée que c’est en 1955 que j’ai fait mon entrée dans l’ethno linguistique. Par le biais de l’université de Dakar, j’ai travaillé comme enquêteur au compte d’un de mes professeurs Mr. HOUIS. Il en était tellement satisfait qu’il me dit que j’étais très doué dans ce domaine. Ce qui m’encouragea à faire des investigations et une description linguistique des Bobo mandarin. J’ai continué avec une traduction personnelle partielle de la bible au séminaire, ensuite j’intervenais toujours dans des devoirs sur l’aspect ethnolinguistique. La langue ne dit pas tout mais elle porte beaucoup de choses. En effet, petit à petit (je ne sais pas si vous avez lu un de mes textes) je me suis rendu compte des autres dimensions de la réalité. Par la linguistique, je me suis ouvert aux autres aspects dont la dimension économique, ce qui est très prégnant; la dimension politique (l’organisation de la société), la dimension culturelle c’est-à- dire le panier qui est tressé par tout cet ensemble dont la dimension  cultuelle, le rite. En prenant un peu  l’histoire des mots, je me suis dit que l’animisme n’est pas propre aux africains. C’est une conception presque ontologique et j’ai fait un article là-dessus qu’on m’a déconseillé de publier. Les sacrements peuvent se comprendre d’une façon  animiste. On peut trouver des écrits des années 1956-1960, surtout en Afrique centrale où il est question de vitalisme, de fétichisme. Alors mon 1er travail a été d’abattre ces concepts pour enfin dire qu’ils n’expriment pas la religion de mes ancêtres et c’est en 1964 que l’ensemble des chercheurs de l’Afrique, suite à une rencontre à Cotonou ou à Bouaké, je ne m’en souviens pas trop, ont dit qu’il y a une religion traditionnelle africaine. Quand j’enseignais, je partais de cette nouvelle conception avec mes étudiants et figurez-vous que c’est seulement en 1994 que l’église catholique a entériné l’existence  de la religion africaine traditionnelle. Même les sociologues au canada (j’y étais il n’y a pas longtemps car un de mes prêtres étudie présentement là-bas) emploient toujours ce terme (animisme) qui est retrograde à mon avis. Il y a des textes encore qui font allusion à une mentalité animiste.

I.T : Pourquoi emploie-t-on le terme animisme alors? Y a t il une différence entre animisme et religion traditionnelle ?

A.T.S : « Objets inanimés, avez vous donc une âme », ce n’est pas un africain qui a prononcé ce cri, c’est le romantisme français. Effectivement quand on fait attention à un être, dans l’ontologie, il y a l’être de l’étant mais à l’intérieur il y a une espèce d’animation, une espèce de vie qui n’est pas à l’étape intelligente. Par exemple dans le parc réserve du Kenya à un certain moment, les gens se rendaient compte que suite au surpâturage, les zébus mouraient et après de nombreuses recherches, ils ont constaté que ces animaux broutaient de l’herbe vénéneuse. La science a révélé plus tard que quand les zébus ici, 100 km plus loin la sève acide ontait dans la plante, il y a une espèce de venin qui contaminait les arbres. C’est comme si il y avait une âme vivante annonçant qu’il y avait un danger à éviter. Dans toutes les conceptions il y a un aspect de l’ontologie première. Il y a un aspect d’être animé: cette animation est vivante, vitale mais ce sont des catégories qu’on peut utiliser ou laisser tomber. C’est une religion qui nous relie soit au fondamental, soit à l’essentiel, parfois je dis, ce qui nous prend en longueur, en largeur, en profondeur et en hauteur, toute la dimension de l’être, la relation avec Dieu, l’absolu, le cosmos, avec l’autre être, avec nous même.

I.T : Un être absolu est-ce un être surnaturel ?

M.A.T.S : Nous sommes aussi piégés par la pensée occidentale qui fait allusion au naturel et au surnaturel. Quand j’ai terminé ma formation en théologie, j’ai mis une croix sur ces termes. Vous avez la nature qui a une forme animale ou végétale, la nature intellectuelle, mystique. La pensée occidentale montre qu’il faut les deux alors qu’en réalité on n’en a pas besoin. Vous avez l’aspect humain des choses et dans l’humain il y a des étages pour atteindre le mystique. Pour moi c’est la relation avec la nature qui fait le nœud. Il y a 2 roues d’inégales grandeurs. Une pensée rationnelle ne peut pas admettre qu’il y ait une disproportion. La dimension de l’être et vous venez de le dire c’est le surnaturel, le naturel, le spirituel, le mystique. Il y a tout un combat, voire un débat  d’école autour de ces termes.

I.T : Cela m’interpelle sur l’existence de dieu, comment concrétisez vous Dieu de façon naturelle ?

M.A.T.S : Quand on parle comme cela, ce n’est pas toujours facile de clarifier les choses. Je parle en terme de relation, pas dans le sens des nouveaux philosophes. Vous êtes là, je suis là, quelque chose se crée n’est-ce pas ? Quand une noix de karité est coincée entre deux cailloux, on dira certainement la pauvre, alors que c’est peut-être sa chance parce qu’à peine aura-t-elle gonflé que ceux-ci (cailloux) l’aideront à sortir de sa coque. C’est la même chose pour les graines de néré qui sont exploitées par l’être humain.

Etre c’est être doué de présence. Là où je suis présent c’est là où je suis. Je peux être ici corporellement et être ailleurs dans mon être profond. Et nos ancêtres disaient que c’est par leurs noms que les esprits se lèvent et viennent. Si j’appelle le diable, il viendra. C’est pareil pour les anges et les archanges. L’esprit est un être doué d’intelligence et qui a la capacité de prise en soi. Ce n’est pas souvent que je rencontre des personnes féminines, alors l’appel se fait à ce niveau d’intelligence et de compréhension. Qu’est-ce que c’est que Dieu? Pour s’en tenir à ma vision traditionnelle, c’est celui qui est et par qui nous sommes. C’est parce qu’il est que je suis. Vous êtes grande mais on peut concevoir plus grande que vous. Qu’est ce qui fait la grandeur de tout cela? La religion dit que c’est un honneur pous de reconnaître cette grandeur. Chaque religion l’exprime de différentes manières, par des rites, des positions, des paroles diverses. Les croyants pensent que c’est par ces attitudes qu’ils honorent Dieu. 

I.T : Dans certains pays on pratique le vaudou qui est une autre forme de religion. Que pensez-vous de cette religion?

M.A.T.S : Au fait ce sont les religions du sud, ce sont les confréries et les mystiques. J’avais vu des couvents au Togo et ensuite au Bénin et là c’était les temples à Ouidah, les serpents sacrés, j’ai été ensuite à Savy comme sociologue, et là-bas j’ai trouvé les restes des canons que les portugais avaient tirés pour conquérir le royaume de Savy qui n’est pas loin de Ouidah. Et puis ils ont construit leur fort a Ouidah et les gens de savy ont finalement reconnu que ces portugais étaient plus forts qu’eux parce qu’il y avait des signes extérieurs. L’organisation de la religion est comme une démocratie à l’image de celle des grecs, des américains, des socialistes. C’est comme les romains; ils n’étaient pas religieux mais ils avaient la piété, c’était comme une dévotion à leurs ancêtres. Ces traditions sont des systèmes conventuels, on met les gens en couvent et c’est un peu le centre de la vie religieuse. Le rituel c’est le tout de la vie religieuse. Celui qui est le vaudou, c’est toute sa vie qui est dedans, comme à l’initiation dans ma tradition, le Do. A l’initiation chrétienne également nous sommes pris complètement.

I.T : Quelle est l’origine de cette croyance ?

M.A.T.S : Chaque fois que j’ai affaire aux Yoruba, aux togolais ou aux béninois, je me demande ce qu’est le fa. C’est difficile à expliquer. Est-ce un esprit, une puissance, la relation même du culte vaudou. Est-ce qu’il faut démythiser le fa? On arrive à un résiduel qui limite la conception de nos mots.

I.T : Le fa est-il aussi une pratique ?

M.A.T.S : Je vous aurai fait rencontrer Abbé Barthélémy s’il était là. Faut-il démystifier le fa ? C’est là la limite des concepts. Dans la tradition initiatique à laquelle j’appartiens, jusque là, personne n’est monté aux cieux et revenir par expérience, donc il faut se référer aux personnes médiateurs. Ces derniers vont nous dire ce qu’il faut faire. Je crois que la religion est une relation, le non disible de ce qui est. On parle de choses sacrées à vénérer. On sait que notre vocabulaire ne peut pas tout traduire et pourtant il faut dire quelque chose et c’est ça l’expérience spirituelle. Cette approche que l’homme fait pour traduire le non disible, il ne pourra le faire s’il n’était pas doué d’intelligence. La religion révèle et une révélation est ce qui se dit. A ce propos, c’est le jour et la nuit entre le coran et la bible. Selon le coran, Dieu se manifeste par un écrit, il se dit dans l’écrit. Par contre, selon la bible, Dieu se dit parole, c’est à vous de la réinterpréter.

I.T : Que pensez-vous des sectes ?

M.A.T.S : On constate depuis une vingtaine d’années qu’il naît toutes les minutes dix sectes et il en meurt autant. Aujourd’hui, on peut dire que cet éparpillement de l’essentiel se fait d’une façon atomique. C’est le désarroi vécu par certaines personnes et sociétés, à un moment tragique de l’histoire humaine. Avant d’arriver aux sectes, on est parvenu à la conclusion selon laquelle on pense de façon sectorielle, en action sectorielle. Au niveau politique il y a ces mêmes effritements. Depuis février, on assiste à un effritement économique, culturel etc. Qu’est-ce qui explique quand la société n’a plus ses repères? En libéralisme économique on fixe le prix par subjectivisme. Au point de vue religieux c’est la même chose. St Augustin disait que c’est une partie de ver corrupteur qui rentre dans le fruit. On disait que les sectes étaient un phénomène des pays sous-développés. Pourtant, depuis le 3es, il y avait ces effritements, ce qui a entraîné l’effritement du christianisme en sectes.

I.T : Voulez-vous dire que le christianisme était une secte ?

M.A.T.S : Oui oui oui, déjà dans l’évangile de Mathieu on disait ce sectateur là avait dit « après trois jours je ressusciterai ».  Tout n’est pas faux dans ce qu’une secte apporte et c’est une dimension qu’on oublie souvent. Je vais vous raconter l’expérience de ma cousine. Elle n’allait plus à l’église et quand je lui posai la question, elle me dit qu’elle fréquentait une secte où elle trouvait son compte parce que les gens y étaient solidaires. Je lui dis que c’est parce qu’ils n’étaient pas nombreux, ils étaient une vingtaine. Vous savez, avant les missionnaires rendaient visite aux chrétiens mais aussi aux chefs de concessions pour encourager les catéchumènes, aujourd’hui, ils ne peuvent plus prétendre à ça. Quelques temps après, ma cousine a quitté la secte. Si je lui avait dit de ne pas y aller, elle n’allait pas me comprendre. A Yopugon en Côte d’Ivoire, il y a un bouillonnement de culture sectaire. Il y a les grands courants comme le kibankisme qui est une religion africaine qui s’inspire aussi de la bible. Au Nigéria, le Harrisme est aussi un grand courant à la fois traditionnel et biblique.

atsirene.jpg

A suivre, féminisme, homosexualité, mendicité, vie chère, excision, sida et religion.

13 commentaires »

1 2
  1. Ab Romaric OUATTARA dit :

    Merci pour avoir toléré mon indiscrétion; elle m’a donné la chance d’une rencontre « intellectuelle ». Merci surtout pour l’intérêt à des questions existentielles et sociales. Je reste convaincu qu’il nous faut aller sur ses sentier désormais pour penser ce que nous sommes, penser les nouveaux pas à poser pour une marche digne de l’humain. Courage à vous, et à bientôt pour les thèmes annoncés.

  2. BANDRE dit :

    Cet entretien avec M.A.T.S est edifiant. Il offre des repères historiques et sociologiques tres interessants sur le phenomène religieux dans son ensemble et en particulier sur les inter-relations entre le christianisme et les autres religions. Je vous felicite pour la precision des questions posées, leur agencement chronologique et surtout sur l’effort de restitution des commentaires de l’eveque. Encore felicitations!!!!

  3. olivier dit :

    http://dolindacafe.blogspot.com/
    Bonjour,

    Si vous êtes un bloggeur africain et que vous utiliser facebook (www.facebook.com ), Joignez-notre facebook group, le Bloggeur Africain – / nous voulons vous lire et nous voulons connaitre.

    Olivier N’da
    http://dolindacafe.blogspot.com/

  4. René dit :

    Félicitation Irène

    J’ai beaucoup apprécié ton article. Je l’ai trouvé intéressant. Bravo et bonne continuation.

  5. Joséphine dit :

    Merci pour ce partage. Bravo d’y avoir pensé! Les informations livrées d’une manière aussi simple et claire dans cet interview offrent à qui le désire l’occasion de connaître mieux M.A.T.S., ses convictions sur certaines questions clefs de l’existence.
    Bon vent à vous!!

  6. SANOU Alfred dit :

    Félicitations! J’ai lu l’entretien avec grand intérêt car avec Monseigneur ATS on apprend toujours.

  7. Hervé dit :

    Très chère soeur, une recherche approfondie et un sujet d’actualité. Merci de nous faire partager cette idée d’un homme pieux et de culture. La résulatante est tout à fait rationnelle et proportionnée. Cela nous donne des idées pour la suite.

    A te lire avec attention dans tes prochains numéros.

  8. Alioune dit :

    Toutes mes felicitation pour ce sujet d’actualité qui est d’ailleurs de très belle facture. Bon vent….

  9. Bonjour,

    merci pour l’intérêt porté à l’article. Avec Monseigneur on apprend énormément et ce fût un réel plaisir pour moi de le rencontrer et je m’en souviendrai toute ma vie. L’interview était si intéressante que j’ai un peu abusé de son temps. A bientôt pour la suite

  10. Hakima dit :

    DIEU dit :  » S’il y avait dans le ciel et la terre des divinités autre que DIEU , tous deux seraient certes dans le désordre. Gloire, donc à DIEU ? sEIGNEUR DU TRONE.IL est au dessus de ce qu’ils Lui attribuent ! » ( Coran ) . GOD IS THE GREATEST.

1 2

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

lenfantestadulte |
deci-dela |
BONNES NOUVELLES |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Union Tapura Amui
| tousamis
| aurore57